Le backgammon fait partie de ces jeux qui traversent les générations sans perdre leur attrait. Un plateau, des dés, quelques pions, et une règle qui s’explique en quelques minutes. Autour d’un plateau backgammon, enfants et adultes se retrouvent sur un terrain commun, où le hasard côtoie le choix et où chaque décision compte. Initier vos enfants à ce jeu, ce n’est pas leur proposer une activité de plus, c’est leur offrir un moment partagé qui mêle réflexion, patience et plaisir, sans pression ni artifices.
Un jeu ancien qui colle bien à la vie de famille
Le backgammon a ce côté rassurant des jeux qui ont traversé les siècles sans perdre leur intérêt. Deux dés, des pions, un plateau, et une règle facile. Vous n’avez pas besoin d’être “joueur” pour y prendre goût. Et pour un enfant, c’est un cadre lisible : on lance, on avance, on bloque, on prend un risque, on tente.
Dans beaucoup de familles, on cherche des activités qui tiennent sur une table, qui ne demandent pas de préparation, et qui créent un moment partagé. Le backgammon fait partie de ces jeux-là. Il peut se glisser après le dîner, un dimanche pluvieux, ou même en vacances, sans transformer le salon en salle de jeux.
Travailler le calcul sans faire “exercice”
Avec les dés, un enfant commence par additionner 3 et 5, puis comprend qu’il peut utiliser ces deux valeurs de plusieurs façons. Avancer un pion de 8, ou avancer deux pions (3 et 5), ou encore choisir une option plus prudente. Cette petite liberté est intéressante, car elle transforme le calcul en décision.
Petit à petit, vous voyez apparaître des réflexes : compter les cases, anticiper un blocage, vérifier si une case est occupée. C’est une situation concrète où compter sert à gagner, ou à éviter une erreur.
Des travaux en milieu scolaire ont étudié des programmes basés sur des jeux de société et observent des effets sur des compétences liées aux fonctions exécutives et à des apprentissages scolaires.
Comprendre la part de hasard… et ce qu’on peut contrôler
Le backgammon repose sur des dés, donc oui, il y a du hasard. Et c’est une bonne école. Un enfant apprend une idée utile : vous ne contrôlez pas le tirage, mais vous contrôlez votre choix après le tirage.
C’est une nuance qui change la posture. Au lieu de se dire “j’ai perdu à cause des dés”, vous pouvez l’amener vers “qu’est-ce que je pouvais faire avec ce 2-1 ?”. On ne cherche pas à supprimer la frustration, on apprend à la ranger au bon endroit. C’est aussi un bon terrain pour parler de chance et de prise de risque sans moraliser. Certains coups paient, d’autres non, et ce n’est pas “injuste”, c’est le jeu.
S’initier aux probabilités, sans formules
Les probabilités semblent abstraites à l’école. Sur un plateau, elles deviennent visuelles. Vous pouvez dire : “Si votre pion reste là, quel tirage vous met en danger ?” ou “quels dés vous permettent de sortir vite ?”.
Même sans calculer un pourcentage, l’enfant apprend à repérer des situations : une case exposée, un pion isolé, une porte qui bloque, un coup qui ouvre une attaque possible au tour suivant. C’est de l’intuition statistique. Et cette intuition sert plus tard, parce qu’elle apprend à estimer plutôt qu’à deviner.
Au passage, le backgammon permet aussi d’aborder des notions de “compte de points” (le pip count) de manière accessible : combien de cases restent à parcourir avant de tout sortir.
Renforcer des compétences utiles à l’école
Jouer, c’est entraîner des fonctions mentales concrètes : tenir une règle en tête, se corriger, attendre son tour, gérer une impulsion (“je veux avancer celui-là”) et revenir au plan (“si je fais ça, j’ouvre une case”).
Des recherches sur des interventions par jeux de société en contexte scolaire décrivent ce type de bénéfices, avec un intérêt porté aux fonctions exécutives (attention, inhibition, planification) et à certains apprentissages. Ce n’est pas magique, et ce n’est pas un substitut au travail scolaire. Mais comme activité de loisirs régulière, c’est un entraînement doux, réaliste, et lié à un vrai plaisir.
Apprendre à perdre sans drame, et à gagner sans écraser
Si vous avez déjà joué avec un enfant, vous connaissez la scène : une mauvaise série de dés, un pion mangé, et le visage se ferme. C’est là que le backgammon est intéressant. Il met en jeu des retournements rapides, donc les émotions montent rapidement… mais elles redescendent aussi vite.
Vous pouvez en faire un espace d’apprentissage relationnel, très concret : dire “bravo” même quand on perd, accepter une revanche sans bouder, reconnaître un bon coup chez l’autre. Et quand l’enfant gagne, vous pouvez l’aider à être respectueux, sans moquerie. Ces micro-règles sociales valent cher, parce qu’elles se transfèrent aux jeux de cour, aux sports, aux travaux de groupe.
Une anecdote que beaucoup de parents reconnaissent chez leurs petits : un enfant qui supporte mal l’échec sur un devoir peut apprendre, via le jeu, à “rester dans la partie” malgré un début difficile. Le plateau sert de zone tampon. On s’autorise à râler un instant, puis on rejoue.
Un moment de qualité, sans écran, et sans logistique
Vous cherchez parfois une activité sans batterie, sans compte à créer, sans bruit, sans installation. Le backgammon tient dans un petit sac, et il garde une certaine élégance : le bruit des dés, les pions qui claquent, le plateau qui se referme. C’est également un jeu qui encourage la conversation. Pendant une partie, on parle de l’école, de la journée, ou de rien. Le jeu occupe les mains et libère la parole. Dans une famille, ces moments “à côté” sont précieux, parce qu’ils arrivent sans forcer.
Adapter le jeu à l’âge de votre enfant
Pour que l’expérience de jeu marche, il faut ajuster. Pour les plus jeunes, vous pouvez retirer la règle du doublement (le cube), et vous concentrer sur le déplacement et la sortie des pions. Vous pouvez aussi jouer en “partie courte” : objectif “sortir 8 pions” au lieu de 15, ce qui réduit la fatigue.
Vers 7-8 ans, l’enfant commence à apprécier les blocages et les choix plus fins. À cet âge, vous pouvez introduire une idée à la fois : “faire une porte”, “ne pas laisser un pion isolé”, “penser à sortir”.
Pour un préado, vous pouvez aller plus loin : discuter des risques, expliquer pourquoi on préfère parfois sécuriser plutôt qu’attaquer, ou parler du rythme d’une partie.
L’idée est de garder le jeu vivant et agréable, pas de transformer la table en cours magistral.
Comment l’installer durablement dans vos habitudes ?
Vous n’avez pas besoin d’y jouer tous les jours. Une partie par semaine peut suffire pour créer une routine. Le point clé, c’est la régularité, pas la durée. Voici quelques conseils concrets :
- Fixez une durée claire : “on fait une partie” ou “on joue 25 minutes”.
- Laissez l’enfant lancer les dés et annoncer les coups. Même si c’est plus lent, c’est là qu’il progresse.
- Évitez de corriger à chaque tour. Gardez vos remarques pour deux ou trois moments dans la partie, sinon l’enfant se sent surveillé.
- Quand il y a frustration, nommez-la et passez à la suite : “je vois que ça t’agace, on continue”. Et si vous sentez qu’il y a trop de tension, essayez une variante coopérative ponctuelle : vous jouez “contre le plateau” en vous fixant un objectif commun (“sortir en moins de X tours”). Cela détend.
Initier vos enfants au backgammon, ce n’est pas leur donner un “jeu en plus”. C’est leur offrir un terrain d’entraînement discret : compter, choisir, accepter l’aléatoire, rester correct, tenir un plan. Et, au passage, vous gagnez un moment partagé qui ne dépend ni d’un écran ni d’une organisation compliquée.