Origine d’Halloween : d’où vient cette fête ?

Une image retraçant les origines celtiques d’Halloween jusqu’à ses traditions modernes

Citrouilles grimaçantes, enfants déguisés, fantômes pendus aux fenêtres et montagnes de bonbons : Halloween possède aujourd’hui un décor que vous reconnaissez en une seconde. Pourtant, derrière cette fête très visuelle se cache une histoire bien moins simple qu’une vieille coutume celte qui aurait traversé deux mille ans sans changer.

Halloween s’est construite par couches successives. Une fête saisonnière pratiquée dans les sociétés celtiques d’Irlande et de Grande-Bretagne, des célébrations chrétiennes consacrées aux morts et aux saints, des coutumes populaires médiévales, l’émigration irlandaise et écossaise vers l’Amérique du Nord, puis la culture populaire américaine ont apporté leur pierre à l’édifice.

Autrement dit, la citrouille que vous posez aujourd’hui devant votre porte a beaucoup voyagé. Et, détail amusant, son lointain ancêtre ressemblait davantage à un navet franchement inquiétant.

Samhain, la racine la plus ancienne d’Halloween

Pour remonter aux origines d’Halloween, dirigez-vous vers l’Irlande et les régions celtiques de Grande-Bretagne. Bien avant les bonbons emballés individuellement et les déguisements de super-héros, une fête appelée Samhain marquait le passage de la belle saison vers la période sombre de l’année.

Le mot irlandais Samhain est généralement associé à la fin de l’été. Cette période se situait autour du 1er novembre et correspondait à un changement majeur dans le calendrier agricole : les récoltes touchaient à leur terme, les troupeaux étaient ramenés et l’hiver approchait.

Dans les traditions anciennes rapportées par les textes et le folklore, cette période était aussi liée au monde surnaturel. Des récits évoquent une frontière plus fragile entre le monde humain et celui des esprits, des morts ou des êtres féeriques.

Attention toutefois à l’image très romanesque parfois racontée sur internet : nous ne connaissons pas dans le détail le déroulement d’un « Halloween celte » identique d’un village à l’autre. Les sources antiques et médiévales ne décrivent pas une fête parfaitement uniforme qui serait l’ancêtre exact de celle que vous connaissez.

Samhain offre plutôt un ensemble de racines culturelles : changement de saison, feu, monde surnaturel, morts et pratiques communautaires.

Pourquoi le 31 octobre ?

La date moderne découle du calendrier chrétien : Halloween se déroule la veille de la Toussaint, célébrée le 1er novembre dans le christianisme occidental.

Mais la période correspond aussi à celle de Samhain. Voilà pourquoi les traditions chrétiennes et les coutumes plus anciennes ont fini par s’entremêler.

Dans les sociétés agricoles, le passage vers l’hiver possédait une charge symbolique facile à comprendre. Les jours raccourcissaient, les récoltes étaient engrangées et les nuits prenaient davantage de place. Le moment se prêtait naturellement aux histoires de morts, d’esprits et de créatures nocturnes.

D’où vient le mot « Halloween » ?

Le nom lui-même n’est pas celte. Il vient de l’anglais.

La Toussaint était appelée All Hallows’ Day, « hallow » étant un ancien terme anglais désignant une personne sainte. La veille, All Hallows’ Eve ou All Hallows’ Evening, désignait donc la soirée précédant la Toussaint.

Avec le temps, l’expression s’est contractée :

  • All Hallows’ Evening
  • All Hallows’ Eve
  • Hallowe’en
  • Halloween

Le nom actuel possède donc une origine chrétienne et linguistique anglaise, même si plusieurs coutumes associées à la soirée puisent dans des traditions populaires plus anciennes.

Cette nuance raconte assez bien toute l’histoire de la fête : chercher une seule origine à Halloween revient un peu à chercher l’inventeur unique du sandwich. Plusieurs siècles et plusieurs cultures sont passés par là.

La Toussaint et la fête des morts

À mesure que le christianisme progresse en Europe, les célébrations religieuses consacrées aux saints et aux morts prennent une place croissante.

La Toussaint s’installe au 1er novembre dans l’Occident chrétien au cours du haut Moyen Âge. Le 2 novembre accueille ensuite la commémoration des fidèles défunts.

Trois journées finissent ainsi par se suivre :

DateCélébration
31 octobreVeille de la Toussaint, future Halloween
1er novembreToussaint
2 novembreCommémoration des défunts

Les traditions populaires et religieuses ne vivent pas dans des boîtes hermétiques. Au fil des siècles, elles se croisent. Les croyances autour des esprits, les prières pour les morts, les feux, les déguisements et les visites de maison en maison s’insèrent dans un calendrier commun.

C’est dans ce contexte que plusieurs pratiques européennes annoncent certains éléments de notre Halloween actuelle.

Avant les bonbons : le « souling » et le « guising »

Au Moyen Âge et durant les siècles suivants, des coutumes de porte-à-porte existent dans plusieurs régions britanniques.

L’une d’elles est connue sous le nom de souling. Des personnes modestes, puis parfois des enfants, passent de maison en maison et reçoivent de la nourriture en échange de prières pour les morts de la famille.

Dans d’autres régions, notamment en Écosse et en Irlande, le guising consiste à se présenter déguisé devant les habitants et à proposer une chanson, un poème, une plaisanterie ou une petite performance avant de recevoir quelque chose.

Vous voyez déjà se dessiner le scénario familier : costume, porte, visite, petite récompense.

Le célèbre Trick or Treat américain n’est donc pas apparu du néant dans une banlieue remplie de maisons décorées. Il appartient à une longue famille de pratiques européennes qui ont ensuite changé de forme en traversant l’Atlantique.

Les déguisements avaient-ils pour but de tromper les esprits ?

C’est l’une des histoires les plus répétées à propos d’Halloween.

Selon certaines interprétations, porter un déguisement lors des anciennes célébrations liées à Samhain pouvait aider à se confondre avec les êtres surnaturels ou à les tenir à distance. D’autres traditions de masque et de costume possèdent cependant des origines plus tardives.

Vous pouvez donc retenir une idée générale : le déguisement d’Halloween possède des racines anciennes, mais sa forme actuelle résulte de plusieurs traditions assemblées au fil du temps.

À l’époque contemporaine, inutile d’avoir l’air d’un esprit des tourbières irlandaises. Un dinosaure gonflable ou une sorcière rose à paillettes remplissent très bien le contrat.

Comment Halloween traverse-t-elle l’Atlantique ?

Les coutumes d’Halloween arrivent progressivement en Amérique du Nord avec les populations venues des îles Britanniques. Leur diffusion s’accélère au XIXe siècle avec l’immigration irlandaise et écossaise, notamment après les grandes vagues migratoires des années 1840.

Aux États-Unis et au Canada, ces traditions rencontrent un nouveau décor social. Elles se mêlent aux fêtes de voisinage, aux jeux, aux farces et aux célébrations de l’automne.

Halloween prend alors une coloration nord-américaine de plus en plus marquée.

Les transformations touchent presque tous ses symboles :

  • les tournées de maison en maison s’organisent autour des enfants ;
  • les costumes se diversifient ;
  • les farces prennent une grande place au début du XXe siècle ;
  • les friandises gagnent du terrain ;
  • les décorations se multiplient ;
  • la citrouille supplante les légumes européens utilisés auparavant.

C’est ici que l’Halloween que vous connaissez commence réellement à prendre forme.

Pourquoi sculpte-t-on des citrouilles ?

Voici probablement l’une des métamorphoses les plus savoureuses de l’histoire d’Halloween : la citrouille emblématique n’est pas le légume d’origine.

En Irlande et dans certaines régions voisines, on creusait notamment des navets. Des visages parfois terrifiants étaient sculptés dans ces légumes, puis une lumière pouvait être placée à l’intérieur.

Ces lanternes ont ensuite été associées à différentes croyances populaires et à la légende de Stingy Jack, personnage condamné à errer avec une lumière.

Lorsque les immigrants irlandais découvrent en Amérique du Nord des citrouilles abondantes, grosses et bien plus faciles à creuser, le navet perd logiquement le match.

Essayez donc de tailler un sourire avec huit dents dans un navet avant de juger leur décision.

La tradition de la sculpture de citrouilles s’installe peu à peu dans la culture américaine, jusqu’à faire du jack-o’-lantern l’un des symboles universels du 31 octobre.

Qui est vraiment Jack-o’-lantern ?

Une légende irlandaise raconte l’histoire d’un homme surnommé Stingy Jack, souvent traduit par « Jack l’Avare ».

Rusé et peu recommandable, Jack aurait trompé le diable à plusieurs reprises. Après sa mort, le paradis lui aurait fermé ses portes et l’enfer n’aurait pas voulu de lui non plus. Jack aurait alors été condamné à parcourir éternellement le monde avec une braise placée dans un navet évidé pour l’éclairer.

L’histoire de Jack-o’-lantern possède plusieurs versions. Ne la prenez donc pas pour le compte rendu officiel d’un événement historique survenu entre Jack et le diable un mardi soir.

Elle appartient au folklore et a fourni une explication savoureuse aux lanternes creusées dans des légumes.

Quand apparaît le « trick or treat » moderne ?

Le porte-à-porte pratiqué par les enfants sous sa forme américaine actuelle se développe surtout durant les premières décennies du XXe siècle.

L’expression trick or treat commence à apparaître dans des journaux nord-américains dans les années 1920. Elle se répand ensuite davantage.

Le principe est simple : donnez une friandise, sinon attendez-vous à une farce.

Dans la pratique, la menace est aujourd’hui assez théorique. La plupart des enfants ne repeignent heureusement pas votre portail parce que vous avez distribué des caramels qu’ils n’aiment pas.

Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique connaît un formidable développement aux États-Unis. La croissance des quartiers résidentiels facilite les tournées d’enfants, tandis que les fabricants de confiseries comprennent progressivement tout l’intérêt commercial du 31 octobre.

Dans les années 1950 et 1960, les bonbons emballés prennent une place grandissante. Halloween s’éloigne ainsi des anciennes offrandes, gâteaux maison et fruits pour adopter son image de paradis annuel du sucre.

Halloween n’a donc pas été inventée aux États-Unis

Non. Cette idée mélange l’origine d’une fête et la forme sous laquelle elle s’est diffusée dans le monde.

Les États-Unis n’ont pas inventé Halloween à partir de rien. Ils ont cependant profondément remodelé la célébration moderne.

Vous pouvez résumer son parcours ainsi :

traditions celtiques et saisonnières → calendrier chrétien → coutumes populaires britanniques et irlandaises → immigration en Amérique du Nord → culture américaine contemporaine.

Le cinéma, la télévision, la publicité et la diffusion mondiale de la culture populaire américaine ont ensuite exporté sorcières, maisons hantées, squelettes, citrouilles et tournées de bonbons dans de nombreux pays.

Pourquoi Halloween est-elle associée aux fantômes et aux morts ?

Cette association traverse presque toutes les périodes de son histoire.

Samhain se déroulait à un moment de passage saisonnier auquel le folklore associait le surnaturel. Le calendrier chrétien plaçait ensuite au même moment la Toussaint et la commémoration des morts.

Difficile, avec un tel voisinage, d’aboutir à une fête consacrée aux petits poneys et aux bouquets de marguerites.

Au fil des siècles, les fantômes, sorcières, squelettes et créatures fantastiques ont donc trouvé une place naturelle dans l’imaginaire du 31 octobre.

La littérature gothique puis le cinéma d’horreur ont encore enrichi ce bestiaire. Dracula et Frankenstein, qui n’ont historiquement aucun rapport direct avec Samhain, ont fini par rejoindre la grande réunion annuelle des monstres.

D’où viennent le noir et l’orange d’Halloween ?

La palette actuelle d’Halloween s’est elle aussi forgée progressivement.

L’orange rappelle évidemment les citrouilles, mais aussi l’automne, les feuilles, les récoltes et les teintes de saison. Le noir évoque la nuit, l’obscurité et la mort.

D’autres tons se sont ajoutés : violet, vert acide, rouge ou blanc fantomatique. Si vous souhaitez comprendre la symbolique des couleurs d’Halloween, observez d’ailleurs les décorations modernes : elles mélangent fréquemment des références automnales très anciennes à une esthétique issue du cinéma fantastique.

Voilà encore un bel exemple du fonctionnement d’Halloween. Rien n’est complètement immobile. Chaque époque apporte ses codes.

Et les sorcières, les chats noirs et les chauves-souris ?

Tous les symboles associés à Halloween ne proviennent pas de Samhain.

Les sorcières doivent beaucoup à des siècles de folklore européen, aux représentations de la magie et aux récits populaires. Le chat noir a longtemps été associé dans certaines cultures européennes aux superstitions, à la nuit et parfois aux sorcières.

Quant aux chauves-souris, leur activité nocturne leur a offert un billet d’entrée assez évident dans le décor.

L’imagerie actuelle mélange donc plusieurs univers : croyances anciennes, folklore médiéval, littérature fantastique, traditions américaines, cinéma d’horreur et culture enfantine.

C’est précisément ce joyeux mélange qui explique pourquoi vous pouvez croiser, le même soir, une momie égyptienne, une sorcière européenne, un vampire de Transylvanie et un enfant déguisé en banane.

Halloween est-elle une fête païenne ou chrétienne ?

Répondre par un seul mot serait trompeur.

Halloween porte des traces de traditions préchrétiennes associées à Samhain. Son nom provient pourtant directement de la veille de la Toussaint chrétienne. Plusieurs coutumes se sont développées dans une société profondément marquée par le christianisme médiéval.

Les chercheurs discutent d’ailleurs de la part exacte des influences celtiques et chrétiennes dans certains usages.

Présenter Halloween comme une fête exclusivement païenne qui aurait survécu intacte depuis les Celtes simplifie donc beaucoup l’histoire. La présenter comme une création uniquement chrétienne effacerait, de l’autre côté, des traditions saisonnières et folkloriques plus anciennes.

Halloween ressemble davantage à un millefeuille culturel. Avec davantage de fantômes et nettement moins de crème pâtissière.

Comment Halloween est-elle arrivée en France ?

Halloween était connue en France depuis longtemps à travers la culture anglo-saxonne, mais sa diffusion commerciale et populaire s’accélère surtout durant les années 1990.

Décorations, soirées costumées, vitrines de magasins et opérations commerciales lui donnent alors une visibilité considérable.

Le succès connaît ensuite des hauts et des bas. Pourtant, la fête trouve durablement sa place auprès des familles, des écoles, des centres de loisirs et des amateurs de déguisements.

La version française n’est d’ailleurs pas une copie parfaite du modèle américain. La tournée des maisons dépend énormément des quartiers et des communes. Certaines familles privilégient une soirée costumée, un repas thématique, des jeux ou une chasse aux bonbons organisée à la maison.

C’est finalement assez fidèle à l’histoire d’Halloween : lorsqu’elle voyage, la fête change.