Pourquoi creuse-t-on des citrouilles à Halloween expliqué aux enfants

belle citrouille sculptée sur une table

À l’approche d’Halloween, une étrange opération se déroule dans les cuisines : une grosse citrouille arrive entière sur la table et, quelques minutes plus tard, elle possède deux yeux, un nez, une bouche pleine de dents et une bougie dans le ventre. Pour un enfant, la question mérite franchement d’être posée : pourquoi lui fait-on subir tout ça ?

La réponse nous entraîne plusieurs siècles en arrière, bien avant les déguisements achetés en magasin et les seaux remplis de bonbons. Et première surprise : au commencement de cette histoire, personne ne creusait de citrouille. On s’attaquait plutôt… aux navets.

Voilà qui rend soudain votre citrouille beaucoup plus sympathique.

Avant la citrouille, il y avait… le navet

Essayez d’imaginer Halloween sans citrouille orange. Pas évident, n’est-ce pas ? Pourtant, pendant longtemps, cette grosse courge n’avait aucun rôle dans la fête.

Dans certaines régions d’Irlande, d’Écosse et des îles Britanniques, les habitants creusaient plutôt de gros navets et parfois d’autres légumes-racines. Ils découpaient des trous en guise d’yeux et de bouche, puis plaçaient une petite lumière à l’intérieur.

Le résultat devait être assez saisissant. Un vieux navet grimaçant éclairé par une flamme au milieu d’une nuit sans éclairage public possède un petit quelque chose de moins rassurant qu’une veilleuse en forme de lapin.

Ces lanternes pouvaient servir à éclairer un chemin, mais les visages effrayants avaient aussi une dimension liée aux croyances et aux histoires de fantômes. Dans le folklore, ils étaient notamment associés à l’idée d’éloigner les esprits ou les présences indésirables.

Les enfants qui souhaitent reproduire aujourd’hui des formes moins sinistres peuvent évidemment choisir des étoiles, des chats, des fantômes ou utiliser des modèles pour sculpter une citrouille plutôt que d’essayer d’imiter ces anciens navets aux sourires franchement peu engageants.

Quel rapport avec Halloween ?

Pour comprendre cette coutume, il faut regarder du côté des anciennes fêtes célébrées à la fin de l’automne dans les îles Britanniques.

Samhain, fête traditionnelle du calendrier gaélique, marquait le passage vers la période sombre de l’année. Elle se déroulait autour du 1er novembre, lorsque les récoltes touchaient à leur fin et que l’hiver approchait.

Des croyances et des récits populaires associaient cette période aux morts, aux esprits et au monde surnaturel. Au fil des siècles, ces traditions se sont mêlées à d’autres coutumes liées notamment à la Toussaint et à la veille de cette fête, appelée en anglais All Hallows’ Eve. Ce nom s’est progressivement contracté pour donner « Halloween ».

Il serait donc trop simple de raconter aux enfants qu’un jour précis, quelqu’un a inventé Halloween avec une citrouille sous le bras. La fête actuelle vient d’un mélange de traditions qui ont changé avec les époques et les pays.

La lanterne creusée fait partie de cette longue histoire.

Et qui est ce fameux Jack ?

Voici maintenant le personnage qui explique le drôle de nom anglais de la citrouille d’Halloween : la jack-o’-lantern.

Une vieille légende irlandaise raconte l’histoire d’un homme surnommé Stingy Jack, que l’on pourrait traduire par « Jack l’Avare ». Attention : nous entrons ici dans le folklore. Ce n’est pas la biographie d’un véritable Jack.

Les versions du récit changent selon les époques, mais Jack y apparaît comme un personnage rusé qui réussit à tromper le diable.

Après sa mort, les choses se compliquent sérieusement pour lui.

Dans l’histoire de Jack-O’-Lantern, Jack n’est accepté ni au paradis ni en enfer. Il se retrouve condamné à marcher éternellement dans l’obscurité. Le diable lui donne alors une braise pour éclairer son chemin.

Jack place cette braise dans un navet creusé. Il erre donc dans la nuit avec sa drôle de lampe.

On commence à parler de « Jack of the Lantern » (« Jack à la lanterne »). L’expression se transforme avec le temps en jack-o’-lantern.

Pour raconter cette histoire aux enfants sans les envoyer au lit avec la lampe allumée jusqu’à leurs 25 ans, présentez-la simplement comme une vieille légende inventée et racontée autrefois lors des soirées sombres.

Pourquoi sculptait-on des visages effrayants ?

Un légume creusé avec une lumière à l’intérieur fonctionne déjà comme une petite lanterne. Mais pourquoi lui ajouter une tête de monstre ? Parce qu’un navet normal posé devant une maison n’impressionne absolument personne.

Avec des yeux plissés et une bouche menaçante, l’affaire change. Les lanternes sculptées ont été associées aux croyances entourant les esprits et les créatures de la nuit. Les habitants pouvaient les déposer près des maisons ou les transporter avec eux. Les grimaces devaient notamment repousser certaines présences surnaturelles dans l’imaginaire populaire.

Vous pouvez présenter cela aux enfants comme les monstres gardiens d’autrefois : on fabriquait une créature effrayante pour effrayer… les créatures effrayantes. La logique semble étrange, mais elle possède un charme indéniable.

Aujourd’hui, personne ne vous oblige évidemment à donner une mâchoire de vampire à votre courge. Les citrouilles sourient, tirent la langue, portent des lunettes, prennent la forme d’un chat ou affichent parfois un simple motif géométrique.

Comment le navet s’est-il transformé en citrouille ?

C’est ici que l’histoire traverse l’Atlantique.

Au XIXe siècle, de nombreux Irlandais émigrent vers l’Amérique du Nord. Ils emportent avec eux leurs chansons, leurs récits, leurs habitudes et certaines traditions associées à Halloween.

Sur place, ils découvrent un candidat presque parfait pour remplacer le navet : la citrouille.

Les courges du genre auquel appartiennent les citrouilles sont originaires des Amériques et y sont cultivées depuis très longtemps. Elles sont bien adaptées au continent nord-américain et prennent parfois des dimensions impressionnantes.

Et surtout, pour fabriquer une lanterne, elles offrent un avantage considérable : elles sont grandes et relativement faciles à évider.

Imaginez maintenant les deux options :

LégumePour fabriquer une lanterne
NavetPetit, dur et assez pénible à creuser
CitrouilleGrande cavité, peau plus pratique à découper et beaucoup de place pour créer un visage

Le choix n’a probablement pas demandé une réunion de trois heures. La citrouille convenait merveilleusement bien à cette vieille coutume. La tradition du légume-lanterne s’est alors adaptée à son nouveau décor.

Pourquoi utilise-t-on presque toujours une citrouille orange ?

Toutes les courges ne sont pas orange et toutes les citrouilles n’ont pas exactement la même forme. Pourtant, l’image classique d’Halloween montre presque toujours une grosse boule orange.

Cette couleur correspond parfaitement à la saison des récoltes en Amérique du Nord, où Halloween a pris une immense place dans la culture populaire.

La citrouille est récoltée en automne. Elle s’accorde naturellement avec les feuilles rousses, les champs, les soirées plus fraîches et les décorations d’octobre.

Ajoutez une lumière jaune derrière une peau orange et vous obtenez une lanterne visible de loin, surtout une fois la nuit tombée.

Au fil du temps, cinéma, télévision, illustrations, cartes postales, livres pour enfants et décorations commerciales ont renforcé cette image. Aujourd’hui, il suffit souvent de dessiner une citrouille orange avec deux yeux triangulaires pour que tout le monde pense immédiatement : Halloween.

Faut-il obligatoirement creuser sa citrouille ?

Absolument pas.

Pour de jeunes enfants, manipuler un couteau n’est évidemment pas une activité à réaliser seuls. Vous pouvez réserver la découpe à un adulte et laisser les petites mains dessiner le visage, retirer les graines avec une cuillère ou participer à la décoration.

Vous pouvez aussi créer des citrouilles décoratives sans sculpture avec de la peinture, des accessoires ou différents matériaux. C’est pratique avec les petits et cela évite quelques opérations délicates.

Une citrouille peinte peut d’ailleurs avoir autant de caractère qu’une version creusée. Donnez-lui trois yeux, des moustaches ou une paire de sourcils gigantesques et vous obtiendrez rapidement un spécimen digne d’une famille de monstres.

Que mettre dans la citrouille pour l’éclairer ?

Traditionnellement, une flamme éclairait la lanterne. Les anciennes versions fabriquées avec des légumes-racines pouvaient contenir une bougie, une braise ou une autre petite source lumineuse.

Avec des enfants, privilégiez une petite lumière LED plutôt qu’une bougie. Vous évitez ainsi une flamme dans une citrouille posée à hauteur de petites mains, de manches de déguisement et de queues de chats curieux.

Une lumière artificielle présente également un autre avantage : elle peut fonctionner longtemps sans surveillance permanente.

Lorsque la pièce s’assombrit, la magie opère tout de même. Les trous découpés deviennent lumineux et le visage semble apparaître dans la nuit.

Voilà probablement la raison pour laquelle la jack-o’-lantern traverse si bien les générations : le principe est d’une simplicité enfantine et le résultat fonctionne immédiatement.

Une tradition qui change encore

Les premières lanternes n’auraient probablement pas remporté beaucoup de concours de décoration. Elles étaient plutôt grossières, inquiétantes et pensées pour éclairer ou évoquer le surnaturel.

Aujourd’hui, la sculpture sur citrouille a pris des directions beaucoup plus fantaisistes.

Vous pouvez rencontrer des citrouilles représentant :

  • des fantômes ;
  • des sorcières ;
  • des chats noirs ;
  • des chauves-souris ;
  • des personnages de dessins animés ;
  • des maisons hantées ;
  • des animaux ;
  • des visages complètement absurdes.

Certaines personnes réalisent même de véritables sculptures très détaillées.

La fonction de la lanterne a donc changé. Dans la plupart des familles, personne ne creuse une citrouille parce qu’il redoute réellement de croiser Stingy Jack derrière le canapé. On le fait pour décorer, raconter une histoire, partager une activité et préparer Halloween.

Une petite expérience à faire avec les enfants

Pour leur montrer l’évolution de cette coutume, procurez-vous une citrouille et un navet assez gros.

Présentez les deux légumes aux enfants et demandez-leur :

« Lequel choisiriez-vous pour fabriquer une lanterne ? »

Laissez-les toucher la peau, observer leur taille et imaginer comment vider chacun d’eux.

La réponse devrait arriver assez rapidement. Vous pouvez ensuite raconter que des enfants vivant il y a plus d’un siècle dans certaines régions d’Irlande connaissaient surtout la version en navet.

Si vous n’avez aucune envie de vider un légume après le dîner, une citrouille en pâte à modeler fera très bien l’affaire pour prolonger l’histoire avec une activité manuelle. Chacun peut inventer son propre Jack, gentil, boudeur, hilare ou complètement farfelu.

Ce que raconte vraiment la citrouille d’Halloween

Derrière son sourire découpé, notre citrouille raconte surtout une histoire de voyage.

Une tradition européenne utilisait des légumes disponibles localement. Des migrants ont traversé l’Atlantique avec cette coutume. Ils ont trouvé sur leur nouveau territoire un autre végétal mieux adapté à la fabrication de lanternes. La pratique s’est transformée, puis elle s’est diffusée dans une grande partie du monde.

C’est aussi une jolie façon de montrer aux enfants que les traditions ne naissent pas toujours telles que nous les connaissons.

Elles voyagent. Les gens les modifient. Une légende rencontre un légume, le légume change de continent et, quelques générations plus tard, des millions d’enfants se retrouvent à négocier la forme des dents d’une citrouille le 31 octobre.

L’histoire possède parfois un drôle de sens de l’humour.