Interview exclusive du Père Noël !

le Père-Noël répond aux questions de l'interview

Mais comment pourrais-je interviewer quelqu’un d’aussi célèbre que le Père Noël, sans mourir de froid dès que je descendrais de l’avion me direz-vous. Eh bien, cela s’est avéré être plus facile que je le pensais, et nous nous sommes rencontrés, croyez-le ou non, près d’un grand feu d’artifice dans le sud de l’Angleterre le 5 Novembre 2012. Comment je suis allée là-bas et comment il y est arrivé ? Je ne suis pas autorisée à le dire. En fait, je ne peux pas le dire parce que je ne le sais pas. Je ne peux que spéculer.

Mon passeport indique que j’étais ici, ma femme me dit que j’étais ici, je me dis aussi que j’étais ici. Et j’étais là, c’est ce que je peux dire d’après les notes que j’ai prises lors de l’interview. Il m’en a dit beaucoup plus, mais je suis tenue au secret, et le Père Noël a des pouvoirs, je n’irais pas contre son gré. Voici les questions et réponses que je suis autorisée à révéler :

Voir aussi : Madame Noël et qui est Santa Claus !

Q1 : Il y a beaucoup de spéculations parmi les historiens au sujet de vos origines. Pouvez-vous mettre tout ça au clair une fois pour toute ?

(Éclats de rire de Santa) « Les historiens sont les dernières personnes à qui vous devriez poser la question. Ils ne peuvent que regarder en arrière. Ils ne pourront jamais trouver la vérité comme ça. La vie est multidimensionnelle, le temps est multidimensionnel. Qu’est-ce que les historiens et les scientifiques savent à propos de tout ça ? La vérité est ailleurs. »

« Quelles sont mes origines ? Comme tout le monde sur cette planète, j’ai un anniversaire, j’en ai même beaucoup, et ils sont tous vrais. Mais pour votre petit monde étroit, je suis né en l’an 701. »

Moi : « Mais, tous les historiens ……. » son regard me dit de me taire sur les historiens. Cela semblait être une bonne idée, étant donné qu’ils n’ont rien obtenu de concret.

« Vous ne croirez pas où je suis né ! Ce n’était pas le pôle Nord, même si j’y vais souvent. Ce n’était pas la Laponie, où je ne vis maintenant. C’était l’Afrique centrale. »

J’étais abasourdi…

Q2 : Père-Noël, comment pouvez-vous, à chaque Noël, offrir des cadeaux à tant de millions d’enfants ? En l’espace d’une nuit. Ce n’est pas..

Avant que je puisse finir, il mis sa main sur mon bras pour m’arrêter.

« Bien sûr que c’est possible. Vous pensez que ce n’est pas possible parce que vos « scientifiques » le disent. Et c’est possible, parce que je le fais chaque année. Vous dites « pas possible » à cause de la façon étroite et bornée dont vous regardez les choses. Même mes rennes en savent plus que vos scientifiques; alors oubliez « ce n’est pas possible ». Je le fais, et j’adore chaque moment. »

Moi : « Mais ……? » il m’arrête à nouveau d’une main ferme.

« OK » dit-il doucement. « Permettez-moi de vous dire quelque chose. Au 8ème siècle lorsque j’explorais les ondes cérébrales, vos scientifiques n’avaient pas encore la moindre idée sur le fonctionnement du cerveau, ce que signifient les ondes cérébrales  et comment vous pouvez les utiliser. J’ai pu découvrir de grandes choses, des choses pour lesquelles les scientifiques ont l’esprit trop étroit pour les comprendre et les utiliser. »

J’étais envoutée, écoutant chacun de ses mots. Il était sur le point de me faire une révélation…

« Avez-vous entendu parler de la théorie quantique de la descente de cheminée ? Non, bien sûr que non, impossible. En 820 de notre ère j’ai découvert les couloirs du temps. Vous connaissez les couloirs du temps ? Non, évidemment, mais je vous le dis Michaëla, c’est ce qui m’a permis de livrer les cadeaux de Noël partout dans le monde.

« J’ai alors mis au point la théorie de l’entrelacement des couloirs du temps. Les 30 années suivantes, j’ai commencé mettre en pratique ces 2 théories puis de les utiliser ensemble. Voilà comment je fais pour livrer les cadeaux, en exploitant la théorie quantique de la descente de cheminée alliée à la théorie de l’entrelacement des couloirs du temps.

Q3 : Qu’est-ce qui arrive à tous les bonbons et les verres de lait que des millions d’enfants dans le monde laissent pour vous ?

Le Père Noël éclate de rire à nouveau. « Oh, ils sont si gentils ces enfants. Mais vous savez, leurs parents devraient leur dire la vérité, ils ne doivent pas les tromper. Ce sont les parents qui boivent le lait. Je ne bois pas du tout ça, jamais. »

« Mais les bonbons, oui, j’adore les bonbons. Les enfants sont si prévenants en les laissant pour moi, et j’en mange autant que je peux. Mais plus d’un million ? Je dois vous dire, les petits elfes qui m’aident à l’atelier de jouets sont aussi friands de bonbons que moi alors lorsque je rentre de ma tournée c’est la fête à l’atelier… »

Q4 : Père Noël, est-il vrai que vous surveillez les enfants toute l’année pour savoir s’ils ont été sages ?

Le Père Noël leva les yeux au ciel et poussa un énorme soupir.

« Ah, cette histoire ! Vous imaginez un peu le travail ? Surveiller des millions d’enfants, jour et nuit, pendant 365 jours ? Même avec mes pouvoirs, je n’ai pas que ça à faire ! J’ai des jouets à préparer, des rennes à entraîner et une femme qui me demande depuis trois siècles de réparer la porte du garage. »

Moi : « Donc, vous n’avez pas de liste des enfants sages et des enfants méchants ? »

« Bien sûr que j’ai une liste ! Mais elle concerne les cadeaux, pas les bêtises. Vous croyez vraiment que je vais priver un enfant de Noël parce qu’il a dessiné sur le mur du salon ou refusé de manger ses brocolis ? Voyons ! Si je devais punir tous les enfants qui font des bêtises, je pourrais prendre ma retraite dès le mois de novembre. »

Il se pencha vers moi et ajouta, sur le ton de la confidence :

« Entre nous, j’ai moi-même fait quelques grosses bêtises dans ma jeunesse. En 847, j’ai accidentellement transformé une chèvre en bonhomme de neige. Elle n’a retrouvé sa forme normale qu’au printemps. »

Je décidai de ne pas demander plus de précisions.

Q5 : Parlons de vos rennes. Comment font-ils pour voler ?

Le Père Noël se redressa fièrement.

« Ah ! Mes rennes ! De fiers athlètes ! Vous savez, les premiers essais n’ont pas été faciles. Il y a quelques siècles, j’ai tenté de faire voler des chevaux. Résultat : trois cheminées détruites, un clocher endommagé et une plainte du maire d’un petit village écossais. »

Moi : « Et pourquoi des rennes, finalement ? »

« Parce qu’ils sont intelligents, résistants au froid et qu’ils ont un excellent sens de l’orientation. Enfin, presque tous. Il y en a un qui a réussi à nous faire atterrir dans un champ de choux en Belgique alors que nous étions censés livrer des cadeaux à Stockholm. »

« Et Rudolph, avec son nez rouge ? »

« Une vraie star ! Depuis qu’on parle de lui partout, monsieur réclame une loge individuelle, des carottes biologiques et une pause toutes les deux heures. L’année dernière, il a même demandé à être payé en pommes. »

Moi : « Vous avez accepté ? »

« Bien sûr ! Avez-vous déjà essayé de négocier avec un renne de 200 kilos qui refuse de décoller ? »

Q6 : Et Madame Noël, quel rôle joue-t-elle dans toute cette organisation ?

À cette question, le Père Noël se mit à rire si fort que sa barbe trembla.

« Quel rôle ? Mais ma chère, sans Madame Noël, Noël aurait disparu depuis longtemps ! »

Il reprit son sérieux.

« Les gens pensent que je dirige tout. Quelle plaisanterie ! Moi, je distribue les cadeaux pendant une nuit. Elle, elle organise les commandes, supervise les lutins, vérifie les stocks, gère les imprévus et retrouve mes lunettes environ quatorze fois par jour. »

Moi : « Vous perdez souvent vos lunettes ? »

« Uniquement quand je les ai sur le nez. »

Il regarda autour de lui pour vérifier que personne ne nous écoutait.

« Je vais vous révéler un secret. En 1856, j’ai décidé de réorganiser tout seul l’atelier. Je trouvais que les lutins perdaient du temps avec leurs méthodes. Au bout de trois jours, nous avions fabriqué 12 000 roues de bicyclettes, mais aucune bicyclette. Madame Noël a repris les commandes et m’a interdit de toucher aux plannings. »

Moi : « Et depuis ? »

« Depuis, tout fonctionne parfaitement. »

Q7 : Pourquoi portez-vous toujours un costume rouge ?

Le Père Noël examina sa veste avec un air satisfait.

« Toujours ? Certainement pas ! J’ai porté du vert, du bleu, du violet et même une magnifique tenue jaune à pois noirs. »

Moi : « Jaune à pois noirs ? »

« Une erreur de jeunesse. Nous avons tous droit à quelques expériences vestimentaires malheureuses. »

Il tira sur sa manche.

« Le rouge est pratique. Il se voit bien dans la neige et les enfants me reconnaissent immédiatement. Le seul problème, c’est l’entretien. Essayez donc de faire disparaître une tache de chocolat sur du velours après avoir traversé 48 cheminées ! »

Moi : « Vous avez plusieurs costumes ? »

« Évidemment ! Sept exactement. Un pour chaque jour de la semaine. Mais ils sont tous rouges, alors personne ne remarque quand je me change. »

Q8 : Quelle est la demande de cadeau la plus étrange que vous ayez reçue ?

Le Père Noël resta silencieux quelques instants. Il semblait fouiller dans plusieurs siècles de souvenirs.

« Oh, il y en a tellement ! Un petit garçon m’a demandé un dinosaure vivant. Un autre souhaitait une télécommande pour arrêter le temps pendant les contrôles de mathématiques. Et une fillette voulait que son petit frère se transforme en hamster. »

Moi : « Et vous avez exaucé ces souhaits ? »

« Certainement pas ! Vous imaginez les problèmes ? Un tyrannosaure dans un appartement au troisième étage ! Quant au hamster, les parents n’auraient probablement pas apprécié. »

Il se gratta la barbe.

« Mais le plus curieux, c’était cette lettre reçue en 1963. Un enfant me demandait simplement une boîte vide. »

Moi : « Une boîte vide ? Pourquoi ? »

« Pour y ranger ses idées ! J’ai trouvé ça merveilleux. Je lui ai envoyé la plus belle boîte de mon atelier. Avec un petit mot : « Attention, les grandes idées prennent parfois beaucoup de place. »

Il sourit doucement.

« Cette lettre, je l’ai gardée. »

Q9 : Que faites-vous le 25 décembre, après votre immense tournée ?

« Je dors ! »

Sa réponse fut si rapide que je sursautai.

« Enfin, j’essaie. Mais il y a toujours quelque chose. Un lutin qui a oublié de ranger les outils, un renne qui réclame son petit-déjeuner ou Madame Noël qui me rappelle que j’ai laissé mes bottes pleines de neige sur le tapis. »

Moi : « Et ensuite ? »

« Ensuite, je prends de longues vacances. Généralement dans un endroit chaud. »

Moi : « Vous partez à la plage ? »

« Absolument ! J’adore la plage. Mais je dois voyager incognito. Une fois, j’ai eu la mauvaise idée de garder ma barbe et mon bonnet pendant des vacances en Espagne. En moins de dix minutes, vingt-sept enfants m’avaient demandé des cadeaux, deux touristes voulaient une photo et un monsieur m’a proposé de jouer dans une publicité pour des biscuits. »

Moi : « Comment faites-vous pour passer inaperçu maintenant ? »

« Je porte des lunettes de soleil et une chemise à fleurs. »

Je lui fis remarquer que sa barbe blanche devait malgré tout attirer l’attention.

« Pas autant que vous le pensez. Les gens voient ce qu’ils s’attendent à voir. Et personne ne s’attend à croiser le Père Noël en train de commander une glace à la pistache au mois de juillet. »

Q10 : Une dernière question, Père Noël. Quel cadeau aimeriez-vous recevoir cette année ?

Pour la première fois depuis le début de notre entretien, le Père Noël ne répondit pas immédiatement.

Il contempla le feu d’artifice qui illuminait le ciel au-dessus de nous, puis caressa lentement sa longue barbe.

« Vous savez, depuis des siècles, les enfants me demandent des jouets, des vélos, des poupées, des consoles et toutes sortes de choses extraordinaires. Et je suis heureux de pouvoir leur faire plaisir. »

Il marqua une pause.

« Mais les cadeaux qui me touchent le plus ne coûtent rien. Ce sont les petits dessins qu’on m’envoie, les lettres qui me racontent des histoires, les enfants qui pensent à laisser une carotte pour mes rennes ou ceux qui me demandent simplement de prendre soin de quelqu’un qu’ils aiment. »

Moi : « Alors, vous ne souhaitez rien pour vous ? »

« Si, bien sûr ! »

Ses yeux se mirent à pétiller.

« J’aimerais passer une journée entière sans chercher mes lunettes. Figurez-vous qu’hier, j’ai passé deux heures à les chercher… alors qu’elles étaient sur mon nez ! »

Il éclata de rire.

« Et peut-être un nouveau fauteuil. Le mien grince depuis 1782. »

Q11 : Avant de nous quitter, avez-vous un message pour les enfants qui liront cette interview ?

Le Père Noël se leva, épousseta son manteau et me regarda avec un sourire malicieux.

« Oui. Dites-leur de continuer à rêver, même quand les grandes personnes leur expliquent que certaines choses sont impossibles. Les adultes ont parfois oublié qu’ils ont eux-mêmes été des enfants. »

Il ajusta son bonnet.

« Et dites-leur aussi que je lis leurs lettres avec beaucoup de plaisir. Même celles qui sont écrites à l’envers, couvertes de dessins ou accompagnées de listes de cadeaux longues comme mon traîneau. »

Moi : « Et pour les parents ? »

« Ah oui ! Une chose très importante. »

Il se pencha vers mon oreille et murmura :

« Pourriez-vous leur demander d’éteindre le feu dans la cheminée le soir de Noël ? J’ai déjà suffisamment de problèmes avec mes assurances. »

Puis il me fit un clin d’œil.

« Et surtout, qu’ils n’oublient pas de profiter de leurs enfants. Ils grandissent beaucoup plus rapidement qu’ils ne le pensent. Croyez-moi, à mon âge, j’ai eu le temps de le remarquer. »

À cet instant, une étrange lumière traversa le ciel. Le Père Noël regarda sa montre, marmonna quelque chose à propos d’un rendez-vous avec un fabricant de grelots et disparut dans un nuage de petites étincelles argentées.

Il ne me restait plus qu’une dernière question à lui poser : comment pouvait-il prétendre être né en l’an 701 alors que son téléphone portable semblait dater de la semaine dernière ?

Mais il était déjà trop tard.

En revanche, lorsque je suis retournée dans mon bureau le lendemain matin, une petite enveloppe rouge m’attendait sur mon clavier. À l’intérieur, il y avait un bonbon à la menthe, une minuscule plume blanche et un message écrit d’une main tremblante :

« Merci pour cette interview. La prochaine fois, évitez les questions sur mon âge. Et si vous retrouvez mes lunettes, prévenez-moi. Ho ho ho !« 

Je n’ai jamais retrouvé ses lunettes. Mais depuis ce jour, chaque 24 décembre, je laisse un bonbon supplémentaire près du sapin.