Expliquer la race et le racisme aux enfants peut sembler être un terrain miné pour les parents, mais ce n’est pas une obligation. Voici un petit guide par âge pour traiter le sujet avec les enfants.
Avez-vous déjà parlé du racisme à vos enfants ? Vous pensez qu’ils sont encore trop jeunes ou qu’une conversation spécifique n’est pas nécessaire ? Ils ne sont jamais trop jeunes et un dialogue permanent sur la race et le racisme est une très bonne idée. Les enfants ont besoin d’adultes pour les aider à développer le respect et l’acceptation des autres. Ne pas en parler envoie aux enfants le message qu’il s’agit d’un sujet tabou, quel que soit leur âge. Les enfants susceptibles d’être la cible de racisme auront peut-être besoin d’aide pour faire le bilan de leurs sentiments et savoir comment répondre à ce qu’ils vivent.
Mais comment commencez-vous la conversation ? Chaque groupe d’âge a des besoins différents. Poursuivez votre lecture pour trouver des moyens d’aborder le sujet avec votre enfant.
Définition du racisme pour les enfants
Le racisme, c’est quand quelqu’un juge une personne uniquement à cause de la couleur de sa peau, de son origine ou de sa culture, au lieu de la connaître vraiment. Cela revient à dire qu’une personne vaudrait moins qu’une autre pour une raison qu’elle n’a pas choisie.
Parfois, le racisme se voit dans des mots blessants, des moqueries ou des exclusions. D’autres fois, il est moins visible, comme quand on refuse de jouer avec quelqu’un ou qu’on fait des suppositions sans aucune raison. Dans tous les cas, cela fait du mal et ce n’est pas juste.
C’est quoi être raciste ?
Être raciste, c’est penser qu’une personne est moins bien qu’une autre à cause de la couleur de sa peau, de son origine ou de sa culture. C’est la juger sans la connaître, juste à partir de ce qu’on voit ou de ce qu’on croit savoir. Cela peut se traduire par des paroles blessantes, moqueries, exclusions. Par exemple, ne pas vouloir s’asseoir à côté de quelqu’un, refuser de jouer avec lui ou se moquer de sa façon de parler.
Parfois, on peut être raciste sans s’en rendre compte, en répétant des idées entendues ailleurs ou en faisant des suppositions. Mais même sans le vouloir, cela peut faire de la peine et créer des injustices.
Comprendre la notion de préjugé
Un préjugé est un jugement (opinion) préconçu, en général basé sur des informations limitées. Les préjugés sont causés par le racisme et le perpétuent. Ils peuvent être conscients ou inconscients : souvent, les gens ne savent pas qu’ils ont des idées préconçues. Tout le monde a des idées préconçues.
Les préjugés peuvent venir de ce qu’on entend autour de soi, à la maison, à l’école, ou dans les histoires et les images. Ils se forment parfois sans qu’on y pense, et ils peuvent être faux ou très incomplets.
Avoir un préjugé, c’est un peu comme juger un livre sans l’ouvrir. On décide à l’avance, sans vérifier, et on passe à côté de la vraie personne. Cela peut empêcher de faire de nouvelles rencontres.
Apprendre à connaître les gens, poser des questions et garder l’esprit ouvert permet de dépasser les préjugés. Cela aide à voir chacun pour ce qu’il est vraiment, avec ses qualités, ses goûts et son histoire.
Expliquer le racisme aux enfants de 2 à 5 ans
Entre 2 et 5 ans, les enfants observent et posent des questions sans détour. Ils remarquent les différences bien avant d’en comprendre le sens. À cet âge, il ne s’agit pas d’expliquer des notions compliquées, mais de poser des bases positives pour les aider à regarder le monde avec curiosité plutôt qu’avec crainte.
Décrivez les caractéristiques raciales de façon positive et concrète
Les tout-petits ne peuvent pas comprendre pleinement la nature compliquée du racisme, mais ils sont curieux de connaître la race et les différences. Faites remarquer que différents traits, comme la couleur de la peau, la texture des cheveux et les traits du visage, sont tous magnifiques.
N’essayez pas d’éliminer « les couleurs ». Les jeunes enfants sont naturellement curieux de la différence. Il est préférable de les aider à comprendre et à valoriser la différence plutôt que de l’ignorer.
Enseignez aux enfants les mots pour ce qu’ils voient. S’ils ont une question sur la raison pour laquelle les cheveux de quelqu’un sont différents, vous pouvez répondre : « Oui, ses cheveux sont très bouclés et jolis. Ce style s’appelle afro. » Si votre enfant fait remarquer que quelqu’un est habillé différemment, enseignez-lui le mot qui désigne le vêtement : « Elle porte un sari. N’est-ce pas une jolie couleur ? »
Souligner la différence de manière positive aide les enfants de couleur à développer une identité de soi positive et aide les autres enfants à concevoir le monde comme un lieu diversifié.
Trouvez des livres, des spectacles, des jeux et des jouets mettant en vedette des personnes de nombreuses races
Utilisez ces différents éléments comme des outils pédagogiques. Les jeunes enfants pensent très concrètement, parlez de ce qui est « pareil et différent ». Encouragez-les à poser des questions et à leur envoyer des messages positifs sur la différence. Utilisez des poupées pour parler des différences et des similitudes : « Cette poupée a des yeux en forme d’amande, une peau brune foncée et des cheveux noirs. Et cette autre poupée a également des yeux en forme d’amande, mais sa peau est de couleur pêche. Il y a beaucoup de couleurs de peau différentes. et toutes sont de belles couleurs ! »
- Quelques livres utiles pour les enfants : On est tous différents ! (0-6 ans), Patates !
(3-5 ans), Noire comme le café, blanc comme la lune (6-8 ans), Ta race ! Moi et les autres (à partir de 6 ans).
- Bonus : vous pouvez aussi leur lire ces trois histoires courtes sur la différence.
- Et pour vous : Le Racisme expliqué à ma fille et Comment parler du racisme aux enfants.
Parlez de l’héritage racial de votre famille
Par exemple, si vos enfants sont noirs ou métissés, faites-les parler et réfléchir de ce que cela signifie d’être noir. Vous pouvez parler de certains personnages noirs qui ont marqué l’histoire et apprendre à vos enfants à être fiers de leur identité. Vous pouvez leur donner des exemples de ce qui est unique et beau dans leur patrimoine. Apprenez-leur les mots pour ce qu’ils voient.
Être capable de qualifier la race les aide à comprendre qu’il n’y a pas de quoi être gêné. Par exemple, « Maman est asiatique et papa est amérindien, et vous êtes ensemble ! C’est pas cool ça ? »
Écoutez attentivement pour répondre aux questions
Les enfants en bas âge et les enfants d’âge préscolaire n’ont généralement pas de filtres. Ils diront tout ce qui les préoccupe. Ne vous inquiétez pas s’ils disent des choses qui peuvent paraître offensantes à la surface. Utilisez ces opportunités pour expliquer la race de manière positive.
Si votre jeune enfant dit quelque chose comme : « Maman, pourquoi cette dame est-elle noire ? » Expliquez que les gens ont beaucoup de couleurs de peau différentes. C’est ce qui rend le monde diversifié et intéressant. Si votre enfant a une idée fausse et dit quelque chose comme : « Pourquoi la peau de cette personne est-elle sale ? » Répondez calmement avec une question : « Qu’est-ce qui te fait penser qu’elle est sale ? As-tu entendu quelqu’un dire cela ? » Et clarifiez ensuite, « Ce n’est pas sale. Tout le monde a de la mélanine dans la peau et quand les gens ont plus de mélanine, leur peau est plus brune. Ils ont moins de mélanine qui éclaircit la peau de quelqu’un. Il y a beaucoup de belles couleurs de peau. »
Si votre enfant dit quelque chose comme : « Je veux être blanc », essayez de comprendre pourquoi il se sent de cette façon. Demandez : « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Comprendre la source de ses sentiments vous aidera à mieux répondre à ses idées fausses et à renforcer sa fierté.
Modélisez la tolérance en exprimant votre désapprobation
Les jeunes enfants ne peuvent pas saisir pleinement les nuances du racisme, mais ils portent une attention bien spéciale à toutes vos paroles et vos actions. Si vous rencontrez du racisme, utilisez un langage simple et direct pour dire à votre enfant ce que vous ressentez et ce qui est faux.
Si vous voyez une image raciste, dites à votre enfant : « Je n’aime pas cette image. Cela me met mal à l’aise. » Dites ensuite quelque chose de positif à propos de la race qui a été présentée sous un faux jour. Si quelqu’un dit un commentaire inapproprié au dîner, dites : « Ce n’est pas du tout approprié. J’apprécierais que vous ne parliez pas de cette façon devant moi ou devant mes enfants. »
Expliquer le racisme aux enfants de 6 à 10 ans
Entre 6 et 10 ans, les enfants commencent à raisonner, comparer et questionner ce qui leur semble juste ou non. Ils ne se contentent plus d’observer : ils cherchent à comprendre. C’est le moment d’aller un peu plus loin, en leur donnant des repères pour mettre des mots sur les injustices et réfléchir.
Parlez d’équité pour aider les enfants à comprendre le racisme
Les enfants en primaire ont une conscience aiguë de quelque chose qui est juste ou injuste. Décrivez le racisme comme un système essentiellement injuste qui aide un groupe à exercer son pouvoir sur d’autres en raison de leur race. Les jeux et activités sur le thème du racisme et de la différence peuvent aider.
Si vous avez un groupe d’enfants, distribuez des petits cadeaux (bonbons, autocollants, etc). Donnez-en plus à certains enfants. Pour ceux qui en ont moins, demandez-leur comment ils se sentent. Faites de même avec ceux qui en ont plus. Ils diront sûrement aussi que c’est injuste. Expliquez-leur que ce sentiment d’injustice est appelé privilège et qu’il est important de prendre conscience des sentiments des gens vis-à-vis du racisme. Il est aussi important de travailler ensemble pour que tout soit plus juste.
Enseignez l’histoire du racisme
Prenez un peu de temps pour faire quelques recherches afin de trouver des documents sur l’histoire du racisme. Visitez votre bibliothèque locale pour trouver des ressources adaptées à l’âge des enfants ou recherchez en ligne des textes et des activités. Regardez sur Vikidia ou sur cet autre site par exemple.
Démontrez comment le racisme continue d’avoir un impact
Expliquez simplement que ce qui s’est passé avant peut encore influencer la vie d’aujourd’hui. Les enfants comprennent bien cette idée quand on la relie à quelque chose de concret dans leur quotidien : une règle ancienne, même supprimée, peut laisser de nombreuses traces.
Proposez une activité parlante avec une course. Tracez deux lignes de départ différentes : certains enfants commencent plus près de l’arrivée, d’autres plus loin. Lancez la course sans commentaire. Une fois terminée, demandez : « Est-ce que tout le monde avait les mêmes chances de gagner ? ». La réponse vient vite. Recommencez ensuite en plaçant tout le monde sur la même ligne. La différence se voit.
Utilisez ce moment pour faire le lien : pendant longtemps, certaines personnes ont été placées “plus loin dans la course” à cause de règles injustes liées à leur origine ou à la couleur de leur peau.
Et même si ces règles ont aujourd’hui changé, les effets ne disparaissent pas d’un coup. Certaines familles partent encore avec moins d’avantages de nos jours.
Donnez des exemples simples : accès à de meilleures écoles, logements, emplois… Ces écarts ne viennent pas du hasard. Ils sont souvent liés à des décisions prises il y a longtemps. Cela aide les enfants à comprendre que l’égalité ne consiste pas seulement à donner la même chose à tout le monde, mais à faire en sorte que chacun ait réellement les mêmes chances d’avancer.
N’évitez pas le sujet du racisme
Que ce soit à travers les actualités, un reportage, un film, un dessin-animé ou une expérience de tous les jours, parlez de la relation entre la race et l’équité à votre enfant. N’attendez pas que votre enfant vienne avec des questions. En tant que parent, votre travail consiste à poursuivre la conversation sur le sujet.
Posez-lui des questions qui l’amèneront à penser : « As-tu déjà remarqué qu’il n’y avait pas vraiment de Père Noël noir à la télévision ? Pourquoi d’après toi ? » Lorsque vous regardez la télévision et qu’il y a une scène raciste, prenez un moment pour demander à votre enfant : « Que penses-tu de cela ? ».
Expliquer le racisme aux préados et adolescents
Avec les préados et ados, la discussion change de ton. Ils ne se contentent plus d’exemples : ils veulent comprendre, débattre, parfois même contester. C’est le moment d’ouvrir des échanges plus profonds, en les aidant à décrypter le monde qui les entoure et à prendre position avec réflexion et respect.
Enseignez-leur ce qu’est l’oppression et la discrimination
Vers 12 ans, les enfants sont capables de comprendre des problèmes plus complexes liés à l’injustice sociale. À ce stade, vous pouvez présenter des idées sur l’histoire de l’oppression raciale et de la discrimination. Le livre de Florence Cadier Le rêve de Sam convient aux ados et donne un bon aperçu.
Parlez d’exemples contemporains de racisme
À mesure que votre enfant grandit, vous pouvez vous appuyer sur les mêmes choses que celles que vous lui avez déjà enseignées tout en abordant un plus grand nombre de sujets. Montrez-lui que ces sujets sont importants en prenant le temps de répondre à ses questions. Si votre ado n’a pas de questions, évoquez-en de nouvelles ou des problèmes de la vie quotidienne pour poursuivre la conversation.
Apprenez ensemble à explorer des problèmes complexes
Ne vous sentez pas obligé d’avoir toutes les réponses. Lorsque survient une chose que vous ne comprenez pas, parlez de ce qui vous trouble et invitez votre ado à vous aider à approfondir la recherche sur le sujet, afin que vous puissiez tous deux mieux comprendre les problèmes contemporains du racisme.
Partagez des livres ou des chapitres de livres qui traitent de sujets liés au racisme. La haine qu’on donne d’Angie Thomas est un excellent livre à lire. Envoyez-leur des ressources en ligne telles que des vidéos et regardez-les ensemble ou parlez-en après les avoir visionnées. Regarder des films ou des émissions ensemble peut aussi engager une conversation. La couleur des sentiments est un bon choix.
Apprenez aux ados à prendre conscience des microagressions
Les microagressions sont des insultes quotidiennes, verbales ou non verbales, qui souvent ne sont pas censées être des insultes et peuvent être difficiles à remarquer. Les microagressions résultent généralement de préjugés cachés que les gens ne savent souvent pas qu’ils possèdent.
Certaines microagressions peuvent même être conçues comme des compliments, comme par exemple quelqu’un qui dit à un français d’origine asiatique : « Vous parlez un très bon français ». Une microagression non verbale pourrait ressembler à quelqu’un qui relève son sac à main avant d’entrer dans l’ascenseur avec un homme noir. Il existe un test appelé le test d’associations implicite, qui vous aide à découvrir vos propres préjugés. Pensez à passer le test et à parler des résultats avec votre adolescent, c’est par ici : https://implicit.harvard.edu/implicit/france/. Rappelez-vous que tout le monde a des préjugés et que l’objectif est de les découvrir et d’en parler, plutôt que d’essayer de les cacher.
Encouragez votre enfant à être un allié
Vous devez apprendre à vos enfants à défendre ce qui est juste. Dites-leur qu’ils doivent défendre les intérêts des autres s’ils sont traités de manière raciste et discriminatoire. Expliquez-leur également qu’il faut remettre en question le comportement, pas la personne. Dites aux enfants de ne pas appeler d’autres personnes par des noms racistes ou autres. Au lieu de dire qu’une personne est raciste, apprenez à vos enfants à dire plutôt : « C’est un commentaire raciste. S’il te plaît, ne dis pas des choses comme ça. »
Aider les enfants à réagir aux actes de racisme
Quand un enfant est confronté au racisme, il peut se sentir perdu, blessé ou ne pas savoir comment réagir. En tant qu’adulte, votre rôle est de l’aider à reconnaître ce qu’il vit, à mettre des mots dessus et à lui donner des repères et des conseils pour se protéger et se faire aider.
Reconnaissez les signes que votre enfant a été victime de racisme
Votre enfant pourrait ne pas comprendre ou vous dire s’il a été victime de racisme. Découvrez quelques signes avant-coureurs pouvant indiquer que votre enfant a eu une mauvaise expérience. Si vous pouvez reconnaître le problème, vous serez mieux armé pour y faire face.
Recherchez des changements de comportement tels que :
- Un refus d’aller à l’école.
- Une peur de marcher jusqu’à l’école.
- Vouloir être d’une race ou d’une ethnie différente.
- Une anxiété, qui peut se manifester par des symptômes physiques (maux de ventre ou de tête).
Aidez votre enfant à savoir quoi faire s’il est victime de racisme
Apprenez à votre enfant à utiliser des mots tels que « stop » pour mettre fin au comportement. Demandez-lui de s’exercer à dire : « Arrête, ne me parle pas comme ça. »
Vous pouvez aussi lui dire de demander l’aide d’un adulte. Trouvez une personne qui servira de référence à votre enfant ou adolescent. Par exemple, si votre enfant est d’origine marocaine, demandez au cuisinier marocain s’il peut se tourner vers lui pour obtenir de l’aide s’il est harcelé.
Renforcez les liens familiaux et communautaires
L’un des meilleurs moyens d’améliorer la confiance de votre enfant et de favoriser une identité raciale positive est de s’assurer qu’il se sent soutenu et connecté aux autres.
Faites des activités ensemble en famille. Inscrivez votre enfant à des activités telles que le sport, la danse ou des cours d’art dans la communauté. Et passez du temps avec des modèles positifs dans votre communauté. Essayez de trouver un groupe qui célèbre les antécédents de votre enfant. Par exemple, si vous avez adopté un enfant des Philippines, essayez de trouver un autre enfant philippin. Vous pouvez également écouter de la musique philippine et préparer des plats régionaux.